Poésie

Le fils.
Il y avait ce champ immense, étendu sous un ciel d’un bleu trop pur pour que l’on y croit vraiment. Un champ qui semblait s’étirer à l’infini, où chaque brin d’herbe tremblait sous le souffle léger d’un vent inexistant, comme animé par un profond secret, un battement d’ailes d’insecte que l’oreille humaine ne pourrait jamais saisir. Au centre, presque invisible, une petite toile d’araignée flottait, comme suspendue entre deux mondes, frêle tissage de filaments argentés, retenant en son sein les échos du passé.
Fragile, éphémère, tendue entre les doigts d’un dieu invisible, et au milieu résidait l’absence. Ton absence, emportée par un souffle.
Tu n’es plus là, et pourtant, je t’imagine, accroché à chaque filament de cette toile, comme une goutte de rosée qui refuse de s’évaporer.
Je marche dans ce champ, seul, entouré de ces herbes folles. Tu es partout et nulle part.
L’araignée, elle, continue, inlassablement, indifférente aux drames humains. Elle tisse. Suspendue, silencieuse, sereine. Sait-elle que tout est lié ?
La toile scintille sous le soleil, chaque filament attrapant la lumière, la transformant en une myriade de couleurs, en un arc-en-ciel fragile, prêt à s’évanouir au moindre souffle de vent. C’est là, dans cette fragilité, que réside, paraît-il, la beauté. C’est là, dans cet instant si ténu, que je ressens toute cette vie que tu m’as offerte, toi qui n’es plus. Alors si tu m’entends, je te dis merci. Merci. Merci. Dix millions de mercis. Et je te demande pardon.
Le vent se lève, une brise légère qui caresse les herbes.
Araignée, mon amie, tu sais que tout finira par s’effondrer, que tout retournera au néant, mais tu tisses malgré tout, tu tisses parce que c’est tout ce que tu peux faire. Et moi, je marche, je me perds dans ce champ qui semble ne jamais finir, je me perds dans mes souvenirs et mes regrets.
Je m’assois dans l’herbe. Je ferme les yeux, je respire. Tu es là.
Ton fils.

