Monologue

Ce soir.
Ça brûle. Putain.
ça brûle
Dans la gorge.
Dans le ventre.
Dans les mains
Je ne suis pas prête.
Je ne serai jamais prête
je n’ai jamais été prête.
Bordel.
La scène est vide.
Vide comme une bouche sans langue.
Ils veulent que je parle.
Mais moi, je veux mordre.
Je veux cracher.
Je veux ouvrir quelque chose dans l’air.
Arrête de penser, respire.
Respire ma belle respire.
Ils disent : “entre”.
Moi je dis :
putain… je ne sais plus ce que je dis.
Électre.
Un nom pour faire joli.
Si doux.
Presque un prénom d’enfant.
Mais dedans, il y a la rage.
Il y a la bête.
Non, c’est non.
Bordel, c’est non.
Je ne veux pas jouer.
Je veux être mangée.
Même si ça fait mal.
Qu’ils arrêtent de me demander de sourire !
Je ne veux pas faire semblant.
Je veux que ça fasse mal.
À moi d’abord.
À eux ensuite.
Qu’ils me regardent.
Qu’ils n’aiment pas.
Qu’ils aient peur.
Moi aussi j’ai peur, moi aussi.
Je vais entrer.
Je ne comprends pas ce qu’il veut, Lui.
Je n’y arrive pas.
Je fais semblant de comprendre.
Je dis oui.
Je hoche la tête.
Mais dedans, c’est flou.
C’est noir.
C’est noir.
Je vais dire les mots
Je ne joue pas.
Je traverse.

